Un après-midi en mer

Lors que je suis entré dans la grande nef, le premier de mes sens à s’éveiller a été l’odorat. L’air était empli de la senteur apaisante du bois. Partout autour de moi, les planches blondes formaient des panneaux et de grandes envolées de courbes qui construisaient le décor de cet immense espace intérieur.

Je veux parler bien sûr de la Maison symphonique de Montréal. Avant de quitter pour une tournée en Amérique du Sud, l’Orchestre symphonique de Montréal a eu une bonne idée: organiser une répétition publique. Et une deuxième: organiser un concours pour offrir des billets. C’est ainsi que je me suis retrouvé hier tout en haut de cette belle salle. De la mezzanine, on voit très bien la scène en plongée, ainsi que les immenses structures suspendues où sont accrochés projecteurs et écrans sonores. Impressions de cordages et de voilures, d’autant que cela semble fait, comme les sièges, de grosse toile blanc d’Espagne. (Ce n’est peut-être pas la teinte exacte, mais ça fait rêver!)

Nous avons d’abord entendu Tzigane de Ravel, avec Andrew Wan au violon. La longue introduction en solo préparait bien au voyage, mais avec un seul violon dans tout cet espace, j’ai trouvé que le son peinait à se rendre avec force où je me trouvais… c’est-à-dire à la dernière rangée tout en haut!

Ensuite, mon coup de coeur de la journée: L’oiseau de feu de Stravinski. C’est là que le navire a vraiment pris son élan. Je connaissais peu la pièce, seulement par son nom et par certains extraits comme celui que le groupe Yes utilisait autrefois en introduction à ses spectacles. Et malgré que l’oiseau est censé être enflammé, c’est avant tout une impression d’eau que m’a laissé cette oeuvre magnifique. De la mer étale aux grandes vagues qu’on visite du fond à la crête, tout dans cette pièce me paraissait avoir le mouvement, l’énergie de la mer. Dans certains passages où l’orchestre tout entier s’éveillait avec passion, je voyais les vagues se briser sur d’immenses rochers, l’éclat sonore se dispersant pour aller porter ses notes comme des embruns jusqu’au siège F222, tout là-haut. Nous étions en plein voyage, en plus de ressentir profondément l’espèce de magie qui unit le chef au musiciens.

L’après-midi s’est terminé avec Scheherazade de Rimsky-Korsakov. Ici, l’imagerie marine est évidente, appuyée même. Je connais très bien cette pièce, de sorte que j’étais moins intéressé à l’écouter (pour moi, elle tombe maintenant dans la catégorie « trop classique » ou « trop entendue »). Je me suis donc attardé à regarder les musiciens, mais surtout la harpiste et la danse magnifique de ses mains, tantôt araignées s’affairant sur leur toile, tantôt plumes qu’on dirait poussées par le vent. Être sourd, j’aimerais assister à un concert de cette femme.

Voyage en mer un jeudi après-midi. Merci, l’OSM.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *