La Machine pneumatique, ou l’inventeur de constellations

Trois étoiles reliées par deux droites imaginaires. Un grand angle reposant sur ses extrémités dans le ciel austral. Comme je ne suis jamais allé dans l’hémisphère sud, je n’ai jamais pu observer la Machine pneumatique, mais on trouve facilement des représentations de cette constellation bien ordinaire, nommée par Nicolas Louis de Lacaille en 1752.

L’origine des constellations est un sujet qui m’a toujours fasciné. Dans l’hémisphère nord, l’héritage grec constitue la trame qui soutient la tapisserie du ciel, et chacune des images que l’on s’imagine y voir renvoie à un mythe ou à un symbole, tous plus farfelus et merveilleux les uns que les autres. C’est le domaine des dieux, demi-dieux et héros d’une Antiquité qui s’est constitué une semi-réalité à force de constituer notre décor nocturne. C’est un lieu d’histoire, avec ses glissements comme cette Grande ourse devenue casserole, mais aussi d’au-delà de l’histoire, véritablement un domaine supra-humain.

Je me demande ce qu’y voyaient les peuples autochtones?

Le ciel austral, s’il comprend des constellations antiques, a cependant été un terrain propice pour l’innovation moderne. Des astronomes occidentaux en voyage d’exploration se sont fait un plaisir de le peupler.

Lacaille, en mission astronomique dans l’hémisphère sud, n’a pas réellement pu imaginer une quelconque machine dans ce petit groupement d’étoiles. Il semble qu’il tenait surtout à placer une constellation dans un espace de ciel qui en était dépourvu, tout en rendant hommage à Denis Papin, inventeur de la machine à vapeur. Notre homme de l’Europe des Lumières faisait du ciel une toile rendant hommage à l’ingéniosité humaine.

Lacaille ne s’est d’ailleurs pas arrêté là, peuplant le ciel de nombreuses constructions tout aussi prosaïques comme le Burin, le Compas, l’Horloge, la Règle et le Télescope, la plupart n’étant en gros composées que de deux ou trois étoiles.

Il en fallait du culot, quand même!

C’est ainsi que, tandis que la plupart des constellations de l’hémisphère nord sont des indices sans âge de l’âme d’une civilisation* (certaines remontent apparemment à plus de 6000 ans), les gens de l’hémisphère sud doivent vivre avec un décor en partie composé de représentations imaginées par un abbé français du XVIIIe siècle…

Il y en a qui n’avaient pas peur de s’approprier le monde!

* Il faut noter que les Chinois et les Arabes avaient développé leurs propres systèmes de constellations, peuplant le ciel d’images en lien avec leurs mythes à eux.

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