Belles bêtes – Les Kelpies d’Andy Scott

Ils sont magnifiques.

Les chevaux de métal du sculpteur Andy Scott semblent sortir de terre. Ils sont gigantesques: on ne voit d’eux que l’encolure et la tête, qui culmine à 30 m du sol. Dans la vidéo ci-dessous, on suit les imposants travaux qui ont permis de les construire à partir d’une immense structure d’acier. Ce sont les Kelpies.

Les kelpies? Ce sont des êtres fantastiques de la mythologie celtique, des chevaux qui hantent les rivières et les lacs, ces eaux mystérieuses et sombres dont on se méfiait autrefois. S’immisçant dans la vie des hommes, ils les attirent, les envoûtent… et la rencontre inévitable a le plus souvent des conséquences tragiques.

Oui, ils sont grandioses, les chevaux d’Andy Scott. Selon l’artiste, bien qu’ils empruntent leur nom à des êtres magiques, ils évoquent en fait les bons vieux chevaux, les vrais, «la plus noble conquête de l’homme». Dans cette région de l’Écosse où est implantée la structure, les chevaux étaient essentiels à l’agriculture et, tirant et transportant toute matière, ils ont joué un rôle essentiel dans la réalisation de la révolution industrielle. Érigés ici, à l’embouchure d’un important canal de navigation, ils rappellent aussi ces chevaux qui tiraient les péniches apportant leurs cargaisons à l’intérieur des terres.

Ce qui me fascine lorsque je tente de saisir l’échelle immense de cette oeuvre, cependant, c’est de voir à quel point souvent, les choses auxquelles on aime rendre hommage ont tendance à ne plus faire partie de notre vie. C’est un peu le syndrome «Boisé du Cerf», quand les condos que l’on a construits et nommés ainsi ont pris la place du boisé où se trouvaient les animaux en question.

La tour Eiffel et ses descendantes constituent des hommages  au génie humain, illustrent sa maîtrise de la technologie. C’est aussi le cas avec les Kelpies, mais la structure ici se drape d’une signification symbolique dans les plis de laquelle il me semble trouver de la nostalgie. Dans un monde qui ne permet plus de croire aux kelpies et qui ne laisse plus que très peu d’espace aux chevaux, nous trouvons pourtant le moyen de réunir les ressources qu’il faut pour extraire l’acier de la terre et trouver le moyen d’élever des monuments pour les évoquer. Les invoquer?

Ils sont magnifiques, les Kelpies. Mais nous aideront-ils à mieux regarder les chevaux? Nous rappelleront-ils le lien que nous avions avec eux? Ou nous feront-ils plutôt les oublier, maintenant que la représentation que nous en avons est si redoutablement belle?

 

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